Pas loin de là, Patricia se disait que son amant ne viendrait plus. D’ailleurs, puisqu’il était accompagné, elle n’avait plus le droit de le nommer ainsi. Qu’il ne vienne pas confirmait qu’à ses yeux elle était moins importante que l’autre, la nouvelle. Jusqu’ici elle avait réussi à se persuader qu’il ne s’agissait que d’une collègue, mais maintenant elle comprenait que la situation était grave. Car elle le connaissait : elle avait toujours réussi à l’avoir dans son lit quand elle le désirait. Et aujourd’hui elle en avait furieusement envie. D’où venait cette intruse ? Pourquoi ne lui en avait-il jamais parlé ? Parviendrait-elle à l’écarter ? Avait-elle une chance de le récupérer ? En valait-il la peine ? La douleur de le perdre serait-elle plus grande que celle de le garder ?
Un certain défaitisme s’était abattu sur elle. La fête finissante ajoutait à son désespoir. Il aurait dû venir, et n’était pas venu. C’était la première fois qu’il ne répondait pas à son invitation. Et pourtant elle s’était abstenue de lui montrer sa jalousie quand il avait parlé de l’autre. Qu’est-ce que c’était que cette fille ? Que lui avait-elle fait ?
Bien sûr elle n’avait aucun droit sur lui, mais tout de même il aurait dû être reconnaissant de tous les sacrifices auxquels elle avait consenti. Elle avait accepté d’espacer leurs rencontres, et de dire avec lui que c’était terminé. Si ça pouvait lui faire plaisir… Elle n’en était pas gênée. D’autant que ça lui permettait d’avoir de son côté quelques brèves aventures… Les soupirants ne manquaient pas. Cela ne comptait guère. C’était en attendant qu’il admette l’évidence. C’était lui qu’elle aimait, mais s’il n’était pas là, elle avait bien le droit… Du moment que ça n’empiétait pas sur leur histoire d’amour.
Jusqu’ici il s’était montré plutôt coopérant. S’il avait eu des aventures, il n’en avait rien dit. Il n’avait pas encore osé lui faire un tel affront. Cette fois la concurrence allait être sévère ! Non seulement il lui avait avoué être avec une autre, mais il n’avait pas craint d’accepter de la lui présenter ! Bien sûr, il s’était dégonflé ensuite, mais c’était encore pire ! Au moins, en la voyant, elle aurait pu tenter de tourner la situation à son avantage, tandis que là ! Il ne lui restait plus que ses yeux pour pleurer.
Tout ça semblait exagéré. La fatigue et l’alcool y étaient pour beaucoup. Non qu’elle ait bu énormément, mais elle n’en avait guère l’habitude. C’était une fille sage. Un petit joint de temps en temps, un ou deux verres de sangria… À part ça, jamais d’excès. Mais ce soir elle avait bu plus que de raison. Cette histoire l’avait perturbée. Et encore, elle avait passé pas mal de temps dans la cuisine ! Ainsi elle avait échappé aux pétards qui tournaient dans la pièce à côté.
La fête s’était bien déroulée. Sa sœur était ravie, on avait dansé, déconné, rigolé. Évidemment, après onze heures, cela s’était calmé. Les invités avaient commencé à s’en aller. Le lendemain ils travaillaient. Ils auraient dû faire ça la veille. De toutes façons, il y avait les voisins. Aucun ne s’était plaint, mais il n’était pas nécessaire de les provoquer.
Il ne restait qu’une dizaine de personnes. Sa sœur était partie, lui promettant qu’elle reviendrait le lendemain pour l’aider à ranger. Elle avait protesté, mais au fond espérait qu’elle tiendrait sa promesse, car elle ne se sentait pas le courage de tout faire seule.
Parmi ceux qui restaient, il y avait un garçon qui lui avait tourné autour durant toute la soirée, et qui apparemment n’avait pas encore renoncé à obtenir ce qu’il voulait. Allait-elle lui céder ? Elle l’ignorait encore. Il était loin de lui déplaire, mais elle se sentait triste, et n’avait pas envie de lui imposer ça. De plus elle n’avait pas encore perdu l’espoir que son ami de cœur arrive. Il valait mieux qu’elle reste disponible, pour ne pas lui laisser penser qu’elle n’avait pas besoin de lui. Bien sûr, ça aurait pu le rendre jaloux, mais elle préférait tenter de le culpabiliser que mettre en œuvre des tactiques mesquines. Elle aimait mieux se croire au-dessus de tout ça, bien que ne sachant pas ce qu’elle entendait par là.
De toutes façons la fête n’était pas terminée. Si le charmant garçon qui tenait tant à la consoler restait jusqu’à la fin, peut-être se déciderait-elle à l’inviter à passer la nuit chez elle… C’était égoïste, mais hélas c’était tout ce qu’elle pouvait lui proposer. Cependant elle aurait préféré que son amant arrive, même s’il était accompagné. Tout, plutôt qu’accepter la défaite. Passer ensuite la nuit à combiner des plans pour évincer son adversaire ne lui faisait pas peur. Du moment qu’elle avait une chance de combattre ! De voir à quoi ressemblait celle qu’elle devait écarter !
Elle se sentait terriblement seule. Que faisait-il ? Où était-il ? Pourquoi ne venait-il pas ? Manquait-il de courage à ce point ? Qu’est-ce qui le retenait ? Avait-il seulement eu l’intention de venir ? Était-ce l’autre qui l’en empêchait ? Au moins lui avait-il transmis l’invitation ? Si oui, sans doute avait-elle refusé… Mais dans ce cas, pourquoi n’était-il pas venu sans elle ? Que lui avait-elle fait pour le convaincre ?
D’insupportables images sexuelles s’imposèrent à son esprit. Il devait être en train de lui faire l’amour. Ce devait être une salope, une de celles qu’elle craignait, qui savaient faire des trucs qu’elle n’osait pas imaginer. Si c’était le cas, elle n’avait aucune chance. Elle ne se sentait pas capable de la vaincre sur ce terrain. Elle n’était pas prude, mais elle n’avait que peu d’expérience.
Perdue dans ses pensées, elle n’entendit pas qu’on sonnait à la porte. Quelqu’un se chargea de l’ouvrir, et soudain il fut là, devant elle, s’excusant d’arriver si tard… À côté de lui, il y avait sa rivale, une fille sympathique, un peu gamine, mais modeste et sérieuse. Pas du tout la salope qu’elle s’était figurée. La honte l’envahit, et elle se mit en quatre pour leur souhaiter la bienvenue. Cette fille lui plaisait. La partie s’annonçait encore plus difficile.
*
Certes, elle avait fait vite. Quelques minutes à peine lui avaient suffi. Puis elle avait tout avalé, et était remontée pour le remercier. Il avait protesté que c’était plutôt lui qui… Mais elle était déjà redescendue. Elle lui avait léché les couilles et la queue, puis lui avait sucé le gland et attendu ainsi qu’il se fût ramolli. Ensuite seulement elle était revenue afin de l’embrasser, et avait demandé s’il avait aimé ce qu’elle lui avait fait.
Qu’aurait-il pu répondre ? Pour plaisanter il avait dit que ça avait été si vite qu’il n’avait pas suivi. N’était-il pas possible de rembobiner ? Il avait peur d’avoir manqué l’essentiel de l’intrigue… Elle avait répliqué qu’hélas il s’agissait d’une projection unique, mais que plus tard le grand film viendrait… Pour l’instant il fallait se rhabiller et libérer la place pour d’autres spectateurs. « Quels autres spectateurs ? » avait-il demandé. « Ceux qui vont te croquer si tu ne te presses pas de remballer tout ça ! » avait-elle répliqué en lui serrant les couilles. Alors, très calmement, il l’avait regardée, et avait déclaré : « Il ne faut pas faire ça.
— Pourquoi ? Je t’ai fait mal ?
— Un peu, oui. Mais surtout, ce n’est pas vraiment respectueux.
— Tu te sens offensé ?
— Disons, légèrement malmené. Ma dignité en prend un coup.
— Qu’est-ce que je pourrais faire pour être pardonnée ?
— Rien, j’en ai bien peur. Ton cas est désespéré.
— Et ça te prend souvent ?
— Non, c’est la première fois.
— Tâche de ne pas y prendre goût !
— Pourquoi ? Tu es vexée ? Ce n’était qu’une blague !
— Vexée, moi ? Tu m’as bien regardée ?
— Souvent, et longuement. C’est une joie inépuisable…
— Est-ce que tu te rends compte de ta situation ?
— Quelle situation ? Je suis en compagnie d’une fille jolie qui vient de me sucer… Je suis le plus heureux des hommes !
— Moi, je vois un idiot le pantalon baissé en train de me baratiner pour se faire pardonner !
— Ah, oui ? Ce n’est pas très gentil.
— Avoue qu’il y a du vrai !
— Peut-être, mais il n’empêche que ce n’est pas gentil de profiter ainsi de ma grande faiblesse…
— Tu ferais mieux de t’habiller, au lieu de dire des conneries !
— Toi, tu ne m’aimes plus.
— Au contraire. Je dis ça pour ton bien. Tu n’as plus peur qu’on nous surprenne ?
— Pourquoi ? Il y a quelqu’un ? Tu crois qu’on peut me voir ?
— Tu es le pire idiot que j’aie jamais rencontré !
— Merci ! Ça fait plaisir !
— De rien, c’est naturel. Tu ne veux pas te rhabiller ? Tu comptes rester comme ça pendant toute la nuit ?
— Non, non… Laisse-moi juste le temps de redescendre sur terre…
— Tu as la flemme ? Tu veux que je le fasse ?
— Non, non… Je vais le faire… Pourquoi es-tu tellement pressée ? Tu as du lait sur le feu ?
— Je te rappelle qu’on est censés aller chez ta copine, que tu dois me la présenter, et qu’on n’est plus très loin d’une heure du matin !
— Déjà ? Pourtant tu avais dit que tu ferais ça vite !
— Si tu ajoutes encore un mot, je te la coupe avec les dents !
— Tu ferais ça ?
— Je t’ai dit : plus un mot ! Ça en fait trois de trop ! Tant pis pour toi !
— Eh, non ! Arrête tes conneries ! C’est bon ! Je me rhabille ! Tu es une vraie sadique !
— Peut-être, mais c’est efficace… Laisse-moi les boutons, j’ai envie de le faire.
— Non, non ! Ça va aller ! D’ailleurs j’ai terminé !
— Tu as eu peur ?
— Ben, il y a de quoi !
— Tu sais, je voulais juste te la mordre un peu…
— Merci, je n’y tiens pas ! Bon, on y va ? Par ici, c’est un peu trop dangereux pour moi !
— Trouillard !
— Sadique !
— Tout à l’heure, tu ne disais pas ça !
— Tout à l’heure, c’était tout à l’heure. Mais maintenant, je te connais ! Tu es trop dangereuse ! »
Ils s’étaient disputés jusque chez Patricia, et puis s’étaient réconciliés en arrivant devant sa porte… Querelle d’amoureux. Tout ça n’était qu’un jeu. Ensuite, ils avaient sonné. On entendait de la musique, il y avait encore du monde… Un inconnu avait ouvert la porte, et les avait accompagnés jusque dans la cuisine, où Patricia était en train de faire la vaisselle. Elle s’était retournée, et leur avait souri. D’un air gêné il s’était excusé de l’avoir fait attendre, et s’était empressé de faire les présentations. Les deux filles s’étaient saluées, puis s’étaient fait la bise… Jusque là tout s’était déroulé comme il l’avait imaginé. Mais c’était loin d’être gagné !
*
Séverine nota avec satisfaction le léger temps d’arrêt qu’eut Patricia en lui faisant la bise. Sans doute avait-elle senti le subtil parfum de foutre qui émanait d’elle… Dès l’abord, cela agissait comme un titre de propriété. C’était cruel, mais au moins c’était net. Ainsi elle affirmait que désormais Fabien n’était plus disponible. Du moins tant qu’elle ne voulait pas le céder ou le prêter. Puis elle regretta de s’être ainsi mise en avant. Une attitude plus modeste convenait mieux. Elle n’avait pas envie de s’en faire une ennemie. Voyant qu’elle encaissait le coup avec difficulté, elle prit son air le plus sage, puis s’accusa d’être la cause de leur retard — tout en lançant un coup d’œil impératif à Fabien pour lui ôter l’envie de la contredire.
Celui-ci, trop heureux d’être dégagé de sa responsabilité, l’entendit raconter qu’elle avait insisté pour passer chez elle et qu’elle avait un peu traîné pendant qu’il l’attendait. Cela n’expliquait rien, mais ça permit à Patricia de croire qu’elle avait été victime de son imagination. Sans doute s’agissait-il d’un mirage né de sa jalousie. Cette fille semblait trop sérieuse pour faire ce genre de choses.
Restait qu’elle lui avait piqué son mec. L’attitude de celui-ci ne laissait aucun doute. Il la couvait des yeux avec admiration, et semblait si gêné qu’il en était cocasse. D’ailleurs il faisait bien de se sentir coupable, car elle n’était pas prête de le lui pardonner. Cependant elle cacha ses sentiments, et s’efforça de jouer son rôle. Elle leur fit des sourires, et protesta qu’en fin de compte l’essentiel était qu’ils soient venus. Elle n’osait plus les espérer ! Au passage elle jeta un coup d’œil à Fabien, mais hélas celui-ci ne la regardait pas.
Les ayant conviés à passer au salon, elle les débarrassa, et fit un crochet par la chambre pour y poser leurs affaires. Elle y surprit un couple qui s’y était réfugié. Elle en fut contrariée, mais elle se contenta de dire qu’elle espérait récupérer son lit pour y passer la nuit. En riant ils lui répondirent qu’ils avaient terminé. Gênée, elle ressortit, et se sentit soudain vieille.
Que lui arrivait-il ? Ne pouvait-elle prendre la vie avec légèreté ? Bien sûr elle enviait tous ces gens qui s’aimaient, mais elle était responsable de sa solitude. Quel besoin avait-elle eu de l’inviter alors qu’il était avec une autre ? C’était de la folie, du masochisme pur.
Pour couronner le tout, elle croisa dans le couloir son prétendant qui s’en allait. Lui aussi travaillait le lendemain et désirait se coucher tôt — si on pouvait appeler ça tôt ! « À moins que tu désires que je reste avec toi… » lui glissa-t-il à tout hasard, et elle fut sur le point de dire qu’effectivement… Hélas elle n’en eut pas le courage. Elle lui dit qu’il était gentil, mais qu’elle avait encore des invités. Mais, s’il voulait rester, elle en serait ravie !
Baissant les yeux il répondit qu’il préférait partir, mais qu’il serait heureux de la revoir, si elle le voulait bien. Grisée par le désir et l’affection qu’il lui montrait, gênée par son humilité, elle mit quelques instants avant de lui répondre que cela lui semblait une bonne idée. N’osant croire à sa chance, il lui sourit, lui dit qu’il l’appellerait bientôt, et s’avança pour lui faire la bise. Troublée comme elle l’était, elle lui tendit ses lèvres sans s’en rendre compte, et fut surprise en constatant qu’il l’embrassait. Toutefois elle ne fit rien pour l’en empêcher, et au contraire se blottit contre lui alors qu’il l’enlaçait.
Quand ils eurent terminé elle lui demanda s’il était obligé de partir, et il lui répondit qu’en fin de compte il n’en avait plus envie. En riant elle lui dit qu’hélas il leur faudrait attendre que tout le monde soit parti avant de se coucher, d’autant que son propre lit était déjà squatté… Gentiment il lui dit qu’il se sentait prêt à passer toute la nuit debout du moment qu’il était avec elle. Elle répondit qu’elle espérait que ce ne soit pas nécessaire, et ajouta que même si elle ne voulait pas les jeter dehors, elle pouvait les décourager de rester…
Sur ce, elle lui ôta sa veste, faillit retourner dans la chambre pour la poser, se dit qu’il valait mieux la laisser accrochée au portemanteau de l’entrée, et puis l’entraîna vers le salon. Ainsi, elle se sentait déjà plus forte ! C’était stupide, mais ça faisait du bien. Elle n’aurait pas à se forcer pour sourire. Quant à Fabien, elle préférait décidément y renoncer. Puisqu’il semblait filer le grand amour, elle ne se sentait pas le droit de l’en détourner. D’autant que sa copine était sympathique. Même un peu trop, en vérité.
Tout ça était bizarre, il lui faudrait y réfléchir à tête reposée… Pour l’instant, elle était trop occupée ! Et surtout, elle était heureuse. La soirée finissait en beauté ! La nuit risquait d’être trop courte, mais elle s’en foutait : contrairement à beaucoup d’autres, le lundi, elle ne travaillait pas !
Fabien fut étonné de la voir revenir main dans la main avec le type qui venait juste de s’en aller. Jaloux peut-être pas, mais choqué qu’elle se fût consolée si vite. En fin de compte Séverine avait eu raison de dire qu’elle ne tenait pas à lui autant qu’il le croyait. Cette trahison lui donna l’impression que le sol venait de se dérober sous lui. Il ressentit comme un vertige, et prit la main de Séverine pour arrêter sa chute. Celle-ci fronça les sourcils, se demandant ce qu’il voulait, puis comprit. Une mine réprobatrice passa sur son visage : il abusait de sa patience. L’instant était mal choisi pour se conduire comme un enfant.
Il prit sur lui et s’efforça d’être plus conciliant. Après tout il n’avait que ce qu’il méritait. Et d’ailleurs n’était-ce pas ce qu’il avait voulu ? Ainsi il était libéré de sa culpabilité. Pourtant un vieil instinct lui disait que cette fille lui appartenait, et que cet étranger ne la méritait pas. Qui était-il ? D’où venait-il ? Il lui trouvait un air trop sûr de lui. Il n’était pas du tout ce qu’il fallait à Patricia !
Cependant il n’avait pas son mot à dire. N’avait-il pas été le premier à trahir ? Il fallait qu’il assume les conséquences de son choix. Il ne pouvait plus reculer. Leurs chemins divergeaient, il fallait l’accepter. N’était-ce pas ce qu’il avait cherché ? Bien sûr, mais… Il n’avait pas envisagé cette éventualité. L’idée que désormais il y aurait entre eux ce gars dont il ne connaissait même pas le prénom lui semblait incongrue. Une possibilité venait de se fermer.
Quoi qu’il en soit l’idée de Séverine s’avérait compromise. Désormais il faudrait tenir compte de ce type. À moins d’imaginer une partie carrée… Mais là il n’était pas d’accord. L’idée de partager un lit avec ce mec lui inspirait une répugnance légitime ! Non, il était injuste. La pauvre Patricia avait le droit de se trouver quelqu’un. Lui-même était heureux : elle méritait de l’être aussi. Évidemment son choix était étrange. Il avait du mal à croire que ce gars lui plaisait… D’un autre côté, lui-même n’était pas terrible, et souvent s’était demandé ce qu’elle lui trouvait.
Il n’était guère sensible aux charmes masculins… Dans l’ensemble les hommes lui semblaient tous plus ou moins répugnants. Jetant un coup d’œil aux autres invités, il s’aperçut qu’aucun ne lui plaisait. Bien sûr il n’y en avait que cinq, et cet échantillon ne pouvait pas passer pour représentatif. Pourtant les filles lui plaisaient. Pas autant que Séverine, ni même que Patricia, mais en tout cas suffisamment pour qu’il se sente capable de coucher avec elles. Sauf une, peut-être, qui n’était vraiment pas gâtée… Et encore ! Elle n’avait rien pour plaire, mais restait attendrissante. Tandis que les garçons ! Bien sûr ils étaient sympas, mais que quelqu’un puisse avoir envie de coucher avec eux semblait obscène. Les filles avaient du courage ! Ou alors elles étaient décidément très différentes…
Satisfait de sa conclusion, il sourit d’aise à la pensée que tout était normal. De toutes façons, il s’en foutait : c’était lui qui couchait avec la plus belle fille de la soirée. La façon dont les autres types la regardaient le confortait dans cette opinion. Ils restaient discrets, mais lui ne s’y trompait pas : ils en bavaient d’envie ! Hormis peut-être le nouveau mec de Patricia… Et encore ! Il ne le montrait pas, mais n’aurait pas dit non ! Ou bien était-ce lui qui se faisait des illusions ? Il fallait qu’il surveille tout ça de plus près. En attendant il accepta le joint qu’elle lui tendait, en tira deux bouffées, puis le passa à son voisin.
Deux heures passèrent ainsi, à fumer des pétards en écoutant de la musique, à lutter pied à pied contre l’ennui envahissant. Bien sûr ils s’amusaient, mais enfin ce n’était pas vraiment excitant. Et Patricia ne faisait rien pour relancer l’ambiance. Blottie contre son mec — il s’appelait Michel — elle paraissait aux anges, les couvait du regard, mais ne participait à la conversation que si on lui adressait la parole. Il était clair qu’elle attendait que cela se termine.
Fabien, après un long mutisme, avait fini par se montrer aimable, au soulagement de Séverine. Il avait même été jusqu’à les faire rire en racontant la nuit qu’ils avaient passée à l’hôtel — insistant sur l’aspect pittoresque, et gommant les détails trop intimes… Après bien sûr les autres trouvèrent à raconter d’autres histoires du même genre, et tous tombèrent d’accord pour dire que l’aventure était au coin de la rue — ou plus exactement qu’il existait encore des peuples arriérés aux portes de la cité.
À part ça, Patricia constata avec un certain plaisir pervers que Séverine avait réussi à allumer tous les garçons présents — y compris le sien, ce qui déjà lui plaisait moins. Charmante fille que Fabien s’était trouvé là ! Mais il le méritait. Son air sérieux cachait en fait une efficacité diabolique. Et cependant elle ne pouvait s’empêcher de la trouver sympathique, et de penser qu’elle aurait bien aimé se lier d’amitié avec elle. Dommage qu’elles ne se soient pas rencontrées en d’autres circonstances ! Car, dans ces conditions, sa dignité la contraignait à garder la distance. Était-ce vraiment de l’amitié ? Non, c’était autre chose. Elle se sentait troublée. Cette fille lui plaisait, lui faisait de l’effet. Elle inspirait en elle des idées érotiques. Heureusement, elle avait sous la main de quoi se satisfaire, sinon elle se serait sentie vraiment désemparée.
Ce n’était pas la première fois qu’une fille l’attirait. Quelques années auparavant, elle avait déjà eu une expérience de ce style. Hélas, cela s’était mal terminé, la fille dont elle s’était amourachée ayant mal pris la chose, et depuis elle avait préféré s’en tenir aux garçons. Avec eux, c’était simple.
Elle n’avait aucun mal à comprendre la raison pour laquelle cette fille attirait les désirs. Son assurance et sa délicatesse faisait d’elle quelqu’un de facile à aimer. De plus son air sérieux était comme un défi. Il y avait en elle quelque chose qui évoquait la droiture, la pureté. Être attiré par elle n’avait rien d’avilissant, au contraire.
Se sentant protégée par son nouvel amant, elle laissa son fantasme germer, et s’amusa à imaginer la tête de Fabien si par hasard il advenait qu’elle lui pique sa petite amie — dont il semblait si fier… Rien que pour ça, l’idée était excitante ! Mais ce n’était qu’une manière détournée de se venger — et ça, décidément, ce n’était pas son genre ! Même s’il était un parfait salaud, elle n’aurait pas eu cœur à lui infliger ça. Et puis rien n’indiquait que cette fille désire faire l’amour avec elle… Tout ça n’était que fantaisie, agréable à imaginer, mais dangereuse. C’était surtout un bon moyen d’être encore plus humiliée ! Heureusement il n’y avait pas la moindre chance que cela se produise.
Enfin les invités se décidèrent à partir — l’un d’eux s’étant avisé qu’il était déjà trois heures du matin. L’effet fut immédiat. Ils se levèrent tous, et s’excusèrent d’être restés si tard. Elle protesta, mais ne fit rien pour les retenir. Comme de toutes façons il ne restait plus rien à fumer, chacun allait rentrer chez lui et faire des beaux rêves…
Séverine et Fabien partirent les derniers. Étant arrivés beaucoup plus tard, il paraissait normal qu’ils traînent encore un peu. Patricia déclara qu’elle avait été très heureuse qu’ils aient accepté de venir terminer la soirée chez elle, et espéra qu’ils auraient l’occasion de se voir prochainement. Fabien ne promit rien, mais Séverine proposa une soirée au restaurant… En fin de compte ils décidèrent de se rappeler le lendemain pour fixer une date — oubliant de préciser qui devait appeler qui…
Michel resta prudemment en retrait. Il ne les connaissait qu’à peine, et n’avait d’yeux que pour Patricia. Enfin, pas tout à fait… Mais ce n’était pas le moment ! Une évidence s’imposait : ces trois-là s’appréciaient. Sans doute allait-il avoir un peu de mal à faire sa place parmi eux.
« Enfin seuls ! » lui dit-il quand elle eût refermé la porte. Puis il ouvrit ses bras et elle s’y réfugia. Ils restèrent ainsi, fatigués mais heureux d’enfin se retrouver. Rien ne les empêchait de se précipiter dans la chambre, et pourtant ils n’étaient pas pressés d’y aller. À peine avaient-ils eu le temps de faire connaissance. Se tenir serrés l’un contre l’autre était déjà une aventure.
*
Elle fut la première à oser rompre cet enchantement. Prétextant la fatigue, elle proposa d’aller s’asseoir. Il écarta les bras, et dit qu’il était prêt à la suivre. « Si tu es trop gentil, je vais en profiter ! » le prévint-elle, auquel il répondit : « Et qui te dit que ce n’est pas justement là ce que je veux ? »
Elle s’écarta, l’observa longuement, et répondit enfin : « Pour l’instant, j’ai surtout envie de me coucher.
— Je peux t’accompagner ?
— J’allais te le proposer. Mais avant il faudrait aller éteindre les lumières…
— Tu veux que je le fasse ?
— Je ne voudrais pas avoir l’air d’abuser…
— Alors laissons tout allumé !
— Non, ce n’est pas raisonnable. Et puis il faut au moins vider les cendriers…
— Ça ne peut pas attendre demain matin ?
— Je n’ai pas très envie de laisser l’odeur s’installer…
— Alors allons-y tous les deux, cela ira plus vite.
— Sans trop vouloir te commander, j’aimerais mieux que tu m’attendes dans le lit… Je n’en ai pas pour très longtemps. Je te rejoins très vite.
— Dans le lit ?
— Oui. Ça t’embête ?
— Nu ?
— Ça, c’est à toi de voir. Tu veux que je te prête un pyjama ?
— Tu en as à ma taille ?
— Je ne crois pas, non. Mais un des miens, peut-être… Ou une chemise de nuit, si tu préfères…
— Merci, je n’y tiens pas ! J’aimerais encore mieux dormir tout habillé !
— Ça, il n’en est pas question ! À moins que tu tiennes absolument à me vexer…
— Va donc éteindre tes lumières et vider tes cendriers, sinon le jour va se lever avant qu’on ait fini de discuter !
— Tu m’attends dans la chambre ?
— Non. Sous la douche.
— Sous la douche ? Ah, oui ! C’est une bonne idée ! Je reviens tout de suite !
— Je t’attends avec impatience !
— Au fait : tu sais où est la douche ?
— Ne t’inquiète pas. Je vais trouver.
— Surtout ne fais pas trop attention au désordre !
— Je ne fais attention qu’à toi. Allez, file ! Sinon c’est moi qui vais y aller !
— Non, non ! J’y vais ! J’en ai pour une minute ! Commence à te déshabiller, je te rejoins sous la douche ! »
La nuit promettait d’être bonne… Sa patience allait être récompensée ! Dommage qu’il soit déjà si tard… Cela ne leur laissait pas tellement de temps ! Mais il pouvait ne pas aller bosser le lendemain, téléphoner pour dire qu’il était malade… Tout dépendrait de l’heure à laquelle il se réveillerait.
D’abord il fallait trouver la salle de bain… Il entra dans la chambre, alluma la lumière, et vit une autre porte. Ça devait être là. Sans même vérifier, il commença à se déshabiller. Mieux valait se presser.
Hélas elle fut plus rapide. À peine venait-il de retirer son slip qu’elle entra dans la chambre et s’arrêta surprise. Il était bien plus beau qu’elle se l’était imaginé. Lui ne se troubla point. Il s’avança, l’attira contre lui, et commença à lui ôter ses vêtements. Elle se laissa faire, et regretta d’avoir attendu avant de lui céder. Elle aurait dû dire oui dès le premier regard, s’enfermer avec lui, laisser ses invités se débrouiller sans elle…
Elle ne songeait plus à son amant perdu, ni à l’étrange fille qui le lui avait pris. Pourtant celle-ci l’avait influencée. Habituellement elle n’était pas aussi aventureuse. Sur le moment elle crut que c’était ce garçon qui inspirait en elle cette audace nouvelle. Ça, et puis la fatigue, ou bien l’herbe peut-être… En tout cas, elle avait une envie folle de sa queue — et ça, c’était un mot qu’elle n’employait jamais pour désigner ce à quoi elle pensait. Habituellement, elle se contentait d’appeler ça l’amour. Mais là c’était tout différent : ça semblait simple et droit, cela faisait moins peur.
Quand il eut terminé de la déshabiller, elle s’agenouilla, caressa l’instrument dressé, le fit aller-venir entre ses doigts, puis s’avança pour en savoir le goût.
C’était la première fois qu’elle suçait un garçon sans qu’il le lui demande. Même Fabien avait toujours dû insister. Et le plus étonnant fut le plaisir qu’elle y trouva ! Elle adora la sensation de cette queue dans sa bouche et eut envie de continuer jusqu’à ce qu’il lui crache son sperme dans la gorge…
Hélas cet imbécile l’empêcha de finir ! Il la força à se relever, et lui dit qu’il voulait d’abord prendre une douche ! Décidément elle n’en était pas amoureuse. Il était stupide, égoïste. Il refusait de la comprendre. Elle le suivit à contrecœur, attendant l’occasion de le tenir à sa merci. Il n’était pas question qu’elle le laisse s’échapper !
Il l’avait laissée faire, mais il s’était senti extrêmement gêné. Apparemment elle n’était pas dans son état normal. Sans doute avait-elle trop bu ou trop fumé… Le mélange des deux avait dû lui faire perdre le sens de la mesure ! Qu’elle veuille le flatter paraissait naturel, mais là son appétit était exagéré ! S’il ne s’était pas décidé à l’arrêter, elle aurait continué sans prendre la moindre précaution !
Bien sûr elle ne courait aucun danger, mais sa confiance en lui était trop insensée pour être réfléchie ! Elle ne s’en était même pas inquiétée ! Pourtant elle semblait être une fille responsable ! Heureusement il avait tout ce qu’il fallait, et comptait se couvrir avant de faire l’amour. Cela faisait partie du minimum d’hygiène recommandé. Même saoul, il ne l’aurait pas oublié.
Et puis son attitude lui avait inspiré une sorte de pitié. La façon dont elle s’était jetée sur son sexe ! Il aurait eu la sensation d’abuser de sa naïveté en la laissant continuer. D’ailleurs toute la soirée il avait ressenti comme un chagrin en elle. Elle s’efforçait de le cacher, mais cela se voyait. Elle lui avait semblée trop pressée de s’étourdir. Elle ne s’était calmée qu’après leur premier baiser. Ça avait dû la soulager, ou lui permettre d’oublier ses peines.
À la limite il avait honte de profiter de la situation. Ses motifs étaient nobles, mais il était facile de mal les interpréter. Il aurait dû attendre, lui faire une cour en règle, faire preuve de patience et de compréhension… D’ailleurs il avait eu l’intention de le faire. Après tout c’était elle qui lui avait tendu ses lèvres… Il n’avait fait que lui répondre. La surprise et l’émotion avaient eu raison de sa vigilance. Il n’avait pas eu le courage de résister à la tentation. Évidemment c’était facile. Il ne pouvait pas refuser sa part de responsabilité. Car il l’avait draguée durant toute la soirée. Et pourtant elle avait tout fait pour le décourager ! Mais elle était si belle ! Il avait surtout eu envie de lui montrer à quel point elle était désirable. Et désirée.
Car elle avait ce qu’il fallait pour satisfaire un homme, aussi exigeant fût-il. Et maintenant qu’il l’avait vue nue il pouvait constater qu’elle était encore plus jolie qu’il l’avait deviné. Elle était fraîche, palpitante, douce et vive à la fois… Même égarée et fatiguée, elle restait un modèle de féminité. Et pourtant sa féminité n’avait rien de provocateur. Il semblait trop facile de lui faire du mal.
Il avait constaté à quel point elle avait été déçue qu’il la force à se relever, avait failli lui dire qu’elle méritait mieux que ça, mais s’était retenu. Sans doute aurait-elle vu dans un tel compliment une mauvaise excuse. Mieux valait l’entraîner, la mener là où il voulait sans lui laisser le choix. Étant sûr de ses sentiments, il n’avait pas à avoir honte. Il savait bien mieux qu’elle ce dont elle avait besoin pour être heureuse.
La douche fut rapide. Au début elle boudait, mais il réussit à rétablir une atmosphère de tendre complicité. C’était plus un rituel de purification qu’une occasion de se toucher. Chacun se savonna et se rinça lui-même, retrouvant ses limites. Elle avait bien envie d’aller plus loin, mais craignait tant qu’il la repousse qu’elle n’osa pas le faire. Lui jugea préférable de maintenir cette distance le temps de repartir sur de nouvelles bases, d’être à nouveau des étrangers se découvrant naïvement.
Puis ils sortirent et s’essuyèrent. Maintenant il sentait que ça avait assez duré, qu’il était temps de se toucher, de s’embrasser, mais n’osait plus le faire. De son côté elle était décidée à attendre jusqu’à ce qu’il fasse le premier pas — toute la nuit s’il le fallait. Cette fois ils étaient vraiment des étrangers. Tant pis pour lui s’il se trouvait pris à son propre piège ! Elle-même ne ferait rien pour l’aider à s’en sortir. C’était à lui de se débrouiller. Elle n’était pas du genre à exiger des excuses, mais voulait qu’il fasse preuve d’un peu d’humilité.
Ils s’enroulèrent dans leurs serviettes, revinrent dans la chambre, et s’assirent sur le lit. Cette situation était embarrassante. Une gêne s’était installée, et il ne savait pas comment la dissiper. Devait-il en parler, ou faire comme si rien ne s’était passé ? La seconde solution paraissait la plus simple, mais alors l’équivoque risquait de s’installer. L’instant était venu de dévoiler ses sentiments, et d’ainsi la pousser à lui montrer les siens. Ainsi leur relation partirait d’un bon pied. C’était risqué, mais à la clé il y avait la chance de durer. Cette fille méritait qu’il se consacre à son bonheur.
« Peut-être devrait-on tout simplement dormir », lui dit-il espérant qu’elle lui répondrait non… « Comme tu veux », dit-elle, et il vit dans ses yeux un reproche cinglant. « À vrai dire j’espérais que l’on fasse autre chose…
— Il ne faut surtout pas te sentir obligé ! »
Ça semblait mal parti. S’était-il surestimé ? Elle l’avait installé dans un rôle de coupable… « Je me trompe, ou tu es très fâchée contre moi ?
— Disons que je me sens légèrement exaspérée…
— Je n’avais pas envie que ça se passe comme ça.
— Rien ne t’y obligeait.
— Un peu, si… Tu ne paraissais pas… Enfin, je crois que j’ai surtout eu peur que tu le regrettes ensuite.
— Rassure-toi : désormais, je ne le ferai plus.
— Ce n’est pas la question…
— J’attendrai sagement que tu me le demandes.
— Tu en avais vraiment envie ?
— Évidemment, pourquoi ? Ça te semble impossible ?
— C’est assez surprenant !
— Que veux-tu : il m’arrive d’avoir quelques désirs… Mais la prochaine fois je prendrai un ticket !
— Tu n’avais même pas pensé à me mettre un préservatif !
— Pourquoi ? Tu es malade ?
— Non, bien sûr. Mais enfin… Ce n’est pas très prudent ! Tu ne me connais pas !
— Je ne l’aurais pas fait si j’avais cru un seul instant qu’il y avait un risque. D’ailleurs je ne t’aurais sans doute même pas embrassé.
— Tu crois que ça se voit comme ça, au premier coup d’œil ?
— J’ai confiance en mon intuition.
— Et elle ne t’a jamais trompée ?
— Pas à ma connaissance, non.
— J’admire ton assurance !
— Ça n’a rien à voir avec de l’assurance. C’est plutôt une sensation, une vision.
— Et maintenant, comment vois-tu notre proche avenir ?
— Ça, je ne le sais pas. Cela dépend surtout de ce que tu feras.
— Dois-je faire des excuses ? Es-tu prête à les accepter ?
— Je n’en vois pas l’utilité. Mais si ça peut t’amuser…
— On ne va quand même pas rester fâchés pour ça !
— Je ne suis pas fâchée, je te l’ai déjà dit. Juste un peu agacée.
— En bref, je t’ai contrariée.
— Un peu, oui. Mais ça n’a rien de grave. Je ne prétends pas t’obliger à accepter quelque chose qui semble te dégoûter.
— Ça ne me dégoûte pas ! J’étais vraiment flatté !
— Heureuse de te l’entendre dire. Je n’ai pas eu cette impression.
— C’est juste que… Enfin, ça me semblait un peu exagéré. Trop rapide. Je n’avais pas envie que ça se passe de cette manière.
— Pardonne-moi de t’avoir déçu.
— Je ne suis pas déçu. Au contraire. D’ailleurs c’est plutôt à moi de me faire pardonner… J’aurais dû deviner que pour toi c’était vraiment très important…
— Il ne faut pas exagérer ! C’était juste une envie, un désir passager. Je ne vais pas non plus en faire une maladie !
— Pourtant tu es fâchée.
— Je vais finir par l’être, si tu continues à l’affirmer !
— Qu’est-ce que je pourrais faire pour me faire pardonner ?
— D’abord cesser de m’en parler. Je vais finir par croire que tu te sens coupable !
— Pardon. Je voulais juste dissiper ce malentendu, renouer le contact…
— C’est moi qui suis fautive. Je ne sais pas ce qui m’a pris. D’habitude je ne suis pas comme ça.
— Donc, j’avais raison de croire que tu le regretterais ensuite…
— Oh ! non. Je ne pense pas. D’ailleurs j’ai trouvé ça vraiment très agréable. Sinon ça ne m’aurait pas contrariée !
— Tu veux recommencer ? Si tu en as envie, ça ne me gêne pas…
— Non merci, c’est passé. Maintenant j’ai surtout envie de me coucher. Tu as vu l’heure qu’il est ? Je croyais que tu devais te coucher tôt !
— Je pense que je n’irai pas bosser. Pour une fois, ce n’est pas si grave. Et toi ? Tu ne bosses pas ?
— Jamais le lundi.
— Tu as de la chance !
— Tu sais, ça revient au même. C’est juste décalé, puisque je n’ai aucun samedi de libre.
— Ça ne te gêne pas ?
— À vrai dire, je m’en fous.
— C’est quoi, ton boulot ?
— Je vends des articles de sport.
— Sympa. Alors tu es sportive ?
— Un peu, oui. Gymnastique.
— Je me disais aussi !
— Pourquoi ? Ça se voit tant que ça ?
— Disons que tu es particulièrement bien foutue… C’est plutôt rare.
— Merci du compliment. Tu n’es pas mal non plus.
— Tu es trop indulgente. Je m’entretiens, c’est tout.
— Musculation ? Body building ?
— Non, non. Juste la natation. Et puis un peu de course à pied.
— Pas mal ! Tu pourrais faire partie de mes clients !
— Je te promets que je viendrai te voir quand je voudrai m’acheter un nouveau maillot de bain !
— Je te préviens : je ne fais pas d’essayage particulier à deux dans la cabine…
— Dommage !
— Et pourtant, quelquefois, je suis assez tentée…
— Vraiment ?
— Non, je plaisante. Je suis plutôt une fille sage. À part ce soir, évidemment… Je ne sais pas ce qui m’a pris.
— On a dit qu’on n’en parlait plus !
— Excuse-moi. Tu as raison… Ça te gêne, si je m’allonge ? Je suis un peu crevée.
— Non, non, évidemment ! Je vais te faire de la place ! Tu gardes ta serviette, ou tu veux que j’aille la ranger ?
— Je crois qu’il vaudrait mieux que je l’enlève : elle est toute mouillée. Mais je peux la poser à côté du lit. Je la rangerai demain.
— Attends. Je vais te l’enlever.
— Je pourrai te le faire aussi ?
— Si tu promets de rester sage…
— Tu as peur que je recommence ?
— Je n’en suis pas certain… À vrai dire, je n’ai rien contre… Mais j’aimerais pouvoir te rendre la pareille…
— Ça risque d’être acrobatique !
— On n’est pas obligé de le faire en même temps…
— Et si on commençait par se déshabiller ? Tu veux que je me lève ?
— Non. Approche-toi. Je crois que ça suffira. Mon Dieu que tu es belle ! Je n’ai jamais vu ça !
— Tu vas me faire rougir !
— Je suis sincère !
— Que tu es bête ! Et puis tu m’as déjà vue ! On a pris une douche ensemble ! Tu regardais ailleurs ?
— Non, mais je n’arrive pas à m’y habituer !
— Maintenant c’est à moi. Tu veux bien te lever ? Ce sera plus pratique.
— Tout à votre service ! Je me mets où ? Devant toi ? Tu ne te lèves pas ?
— Je préfère être assise, au cas où je m’évanouirais !
— De peur ?
— Non ! D’émotion ! Tout ça pour moi ! Je ne suis pas certaine de le mériter !
— Tu vas finir par me gêner…
— Allons ! Un peu de courage ! Ce n’est qu’un mauvais moment à passer ! D’ailleurs je t’ai montré l’exemple !
— C’est un peu différent…
— Tu as raison : c’est bien plus beau ! Voyons voir ce qu’il y a dans ce bel emballage…
— Je crains que tu ne sois déçue…
— Laisse-moi en juger ! Tout à l’heure, cela m’a semblé tout à fait agréable… Et pas seulement à regarder !
— Je crains qu’il y ait pourtant une légère différence…
— Tu crois ? Ah ! oui. Cela pendouille un peu. Mais ça peut s’arranger…
— Que comptes-tu me faire ?
— Rassure-toi : je ne vais pas te la manger. Je te mettrai d’abord ton petit imperméable. Puisque tu y tiens tant !
— Ce n’est pas que j’y tienne particulièrement… Mais c’est quand même plus prudent !
— Pas de problème ! J’ai tout ce qu’il te faut dans le tiroir de la table de nuit… Je peux quand même la toucher ? Je te jure que je suis propre ! D’ailleurs je viens de prendre une douche…
— Que feras-tu si je dis non ?
— J’essaierai la télékinésie… Mais je ne promets rien !
— Tu ne préfères pas te lever, ou qu’on se couche tous les deux ? Je me sentirais plus à l’aise…
— En fait, tu es un grand timide !
— Peut-être un peu, effectivement… J’ai un peu l’impression que tu me traites comme un jouet.
— Tu te sens humilié ?
— Non, quand même. C’est juste que… Enfin, c’est assez inhabituel !
— Tout ça m’a l’air très compliqué ! Je peux te la toucher, ou bien c’est interdit ?
— Je fais quoi, pendant ce temps-là ? Je reste planté en attendant que tu aies terminé ?
— Je n’en ai pas pour très longtemps… Enfin, j’espère !
— Je ne peux pas me mettre sur le lit ?
— Si tu veux, oui. Mais ça me semble moins pratique.
— J’ai un peu l’impression qu’il n’y a que mon sexe qui t’intéresse !
— Le reste me plaît aussi…
— D’accord. Fais comme tu veux. Sinon on va passer la nuit à discuter pour rien !
— Enfin une parole sensée !
— Après ce sera mon tour ?
— Je serai toute à toi. Tu pourras faire de moi exactement ce que tu veux.
— Tout ce que je veux ?
— Tout.
— Même des trucs un peu bizarres ?
— Pourquoi ? Tu as des goûts particuliers ?
— Non, je plaisantais. J’ai juste envie de faire l’amour. Je suis plutôt normal, tu sais.
— Dommage. Je comptais un peu sur toi pour me faire découvrir de nouveaux horizons…
— Dans ce cas, il faudra qu’on les découvre ensemble !
— Tu n’es quand même pas puceau !
— Presque.
— J’ai du mal à te croire. Tu es trop beau pour ça.
— Je crois que tu me surestimes.
— Et moi je crois que tu me joues la fausse modestie… Tu tiens vraiment à mettre un préservatif ?
— Ce serait plus prudent…
— Pas si tu es puceau ! À moins que tu n’aies pas confiance en moi ?
— Je n’ai pas dit que je l’étais ! J’ai dit : presque…
— Et pour le préservatif ?
— Tu es sûre qu’il n’y a aucun risque ?
— À mon avis, non. Mais on ne sait jamais…
— Moi, je suis clair. D’ailleurs j’ai fait un test il n’y a pas longtemps…
— Alors il n’y a que moi qui pourrais poser un problème… C’est comme tu préfères.
— Ça m’embête un peu, mais c’est vrai que ça serait beaucoup plus agréable sans…
— Alors on prend le risque ?
— Je te croyais certaine qu’il n’y en avait pas !
— Moi, oui. Mais toi, je ne sais pas…
— D’accord, on prend le risque. Je te fais confiance. Et d’ailleurs j’en ai marre de discuter de ça !
— Ça t’embête si je vérifie quelque chose ?
— Qu’est-ce que tu veux vérifier ?
— Je veux juste savoir si le goût est toujours le même après qu’on l’ait lavée…
— Mais c’est une obsession, ma parole !
— Juste un petit caprice…
— Fais comme tu veux… Mais pas longtemps !
— Je ne fais qu’y goûter ! »








